L’ibuprofène peut «augmenter le risque de fausse couche»

“Les femmes qui prennent même une petite dose d’analgésiques tels que l’ibuprofène au début de leur grossesse font plus que doubler leur risque de faire une fausse couche”, a rapporté The Guardian.

Ce reportage couvrait une étude portant sur les femmes qui avaient avorté en début de grossesse et comparant leur utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS, tels que l’ibuprofène, le diclofénac et le naproxène) à celle de femmes enceintes n’ayant pas eu de fausse couche. Les chercheurs ont constaté que le risque de fausse couche était 2,4 fois plus élevé chez les femmes prenant tout type d’AINS, par rapport aux femmes qui ne prennent pas ces médicaments.

Les résultats de cette grande étude bien menée sont susceptibles d’être fiables. Les AINS sont déjà connus pour présenter un risque potentiel pendant la grossesse, et le British National Formulary stipule qu’ils devraient être évités pendant la grossesse, à moins que les avantages potentiels ne l’emportent sur les risques. Les autres risques potentiels qui ont été associés à l’utilisation d’AINS comprennent le début tardif du travail et l’échec de la fermeture du canal artériel, qui fait partie de la circulation cardiaque du fœtus.

Le paracétamol est considéré comme sûr à prendre pendant la grossesse, lorsque le soulagement de la douleur est nécessaire. Il est conseillé aux femmes enceintes qui ont besoin d’un soulagement régulier de la douleur, ou qui trouvent le paracétamol insuffisant, de consulter leur médecin, car la cause de la douleur et la prise en charge la plus appropriée nécessitent une évaluation médicale appropriée.

D’où vient l’histoire?

L’étude a été réalisée par des chercheurs de l’Université de Montréal, Québec, Canada, et de l’École nationale de la statistique et de l’analyse de l’information, Rennes, France. Il a été financé par deux organismes canadiens, le Fonds de la recherche en santé du Québec et le Réseau québécois de recherche sur l’usage des médicaments. L’étude a été publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne, évalué par des pairs.

L’étude a été largement rapportée dans les médias britanniques, qui avaient tendance à se concentrer sur le risque de fausse couche par l’ibuprofène, un analgésique en vente libre bien connu de la classe des AINS. Il était généralement bien couvert, avec de nombreux documents, y compris des commentaires et des conseils aux femmes enceintes d’experts indépendants.

De quel type de recherche s’aggissait-t-il?

Les chercheurs soulignent que, bien que les AINS soient l’un des médicaments les plus couramment utilisés pendant la grossesse, il existe des inquiétudes quant à leurs risques potentiels. Cependant, les études examinant ceci ont eu des résultats incohérents et il y a un manque de données sur l’échelle du risque de différents types et dosages d’AINS.

Il s’agissait d’une étude cas-témoin imbriquée qui examinait le risque possible de fausse couche associé à des types et dosages spécifiques d’AINS (à l’exclusion de l’aspirine, qui est également classée comme AINS mais qui, selon les chercheurs, est plus couramment utilisée -clotting médicament) dans une cohorte de femmes enceintes. Dans ce type d’étude, les cas (dans cette étude, les femmes ayant subi une fausse couche) sont identifiés à partir d’un groupe de population défini et chaque cas correspond à un nombre spécifié de témoins appariés du même groupe qui n’ont pas eu ce résultat.

L’approche alternative, et légèrement plus statistiquement fiable, aurait été une étude de cohorte prospective qui a suivi un groupe de femmes enceintes, certaines qui utilisaient des AINS et d’autres qui ne l’ont pas fait, et les ont observées pour voir si elles avaient connu le résultat de l’étude. Les contrôles de cas sont souvent utilisés à la place car ils sont plus faciles à réaliser et nécessitent des populations d’étude plus petites. C’est particulièrement le cas lorsque le résultat de l’étude est assez rare, car, dans une cohorte, vous auriez besoin d’un grand échantillon de la population pour qu’un nombre raisonnable de ceux inclus dans le résultat d’intérêt. On peut soutenir que la fausse couche étant un résultat de grossesse relativement courant, une conception de cohorte aurait également pu être utilisée.

Qu’est-ce que la recherche implique?

Les chercheurs ont utilisé les données du Registre des grossesses du Québec pour identifier 4 705 femmes âgées de 15 à 45 ans qui ont connu une fausse couche (confirmée médicalement) avant la 20e semaine de grossesse, au cours de leur première grossesse. Pour chaque cas de fausse couche, ils ont choisi au hasard 10 contrôles parmi les femmes restantes dans le registre qui n’avaient pas fait une fausse couche. Les témoins ont été appariés de façon à ce qu’ils soient le même nombre de semaines de grossesse que le «cas» en cas de fausse couche.

L’utilisation d’AINS non aspirine a ensuite été comparée entre les femmes qui avaient fait une fausse couche et celles qui ne l’avaient pas fait. L’exposition aux AINS non aspirine a été identifiée comme étant les femmes ayant rempli au moins une prescription pour n’importe quel type de médicament pendant les 20 premières semaines de grossesse ou dans les deux semaines précédant le début de la grossesse. (Au Québec, l’ibuprofène est disponible sans ordonnance, mais ce groupe de femmes enceintes était assuré pour la prescription).

Les chercheurs ont également examiné l’utilisation par les femmes de combinaisons d’AINS et d’associations possibles entre différents types et posologies d’AINS. Ils ont classé les femmes en fonction de la proportion globale de la dose quotidienne maximale d’AINS prise entre le début de la grossesse et la date de la fausse couche et subdivisé les doses en quatre catégories. Les femmes qui n’ont pas prescrit d’AINS pendant cette période étaient considérées comme n’ayant pas pris ces médicaments.

Les chercheurs ont utilisé des méthodes statistiques validées pour examiner toute association entre l’utilisation des AINS et le risque de fausse couche. Ils ont ajusté leurs résultats pour d’autres facteurs de confusion qui pourraient influer sur le risque de fausse couche, y compris la classe sociale et économique, diverses conditions médicales, l’utilisation d’autres médicaments et les antécédents de fausse couche ou d’interruption planifiée de grossesse.

Quels ont été les résultats de base?

Dans l’ensemble, 7,5% des femmes qui ont fait une fausse couche ont rempli une ou plusieurs ordonnances pour les AINS sans aspirine pendant la grossesse, comparativement à 2,6% des femmes qui n’ont pas fait une fausse couche.

Les principales constatations

Dans l’ensemble, l’utilisation des AINS pendant la grossesse était associée à un risque accru de fausse couche, et cette augmentation était statistiquement significative (odds ratio ajusté [OR] 2.43, IC à 95% 2.12 à 2.79).

Le risque le plus élevé de fausse couche était associé à l’utilisation du diclofénac (OR 3,09, IC à 95% de 1,96 à 4,87).

Le risque lié à l’utilisation d’autres AINS variait: naproxène OR 2,64, IC à 95% 2,13 à 3,28, célécoxib OU 2,21, IC à 95% 1,42 à 3,45, ibuprofène OU 2,19, IC à 95% 1,61 à 2,96 et rofécoxib (maintenant utilisation au Royaume-Uni) OU 1,83, IC à 95% 1,24 à 2,70.

L’utilisation d’une combinaison d’AINS a plus que doublé le risque (OR 2,64, IC 95% 1,59 à 4,39).

Il n’y avait aucune association entre la posologie et le risque de fausse couche.

Comment les chercheurs ont-ils interprété les résultats?

Les chercheurs disent que les résultats suggèrent un “effet de classe” pour les AINS. Cela signifie que, selon ces résultats, la prise de tout type d’AINS pendant la grossesse peut augmenter le risque de fausse couche et ils recommandent que ces médicaments soient utilisés avec précaution pendant la grossesse.

Ils ont une théorie qui peut expliquer l’association. Ils disent qu’il est possible que les AINS affectent les niveaux de composés naturels appelés prostaglandines qui sont généralement supprimés pendant la grossesse. Si le mécanisme par lequel la production de prostaglandines est bloquée pendant la grossesse échoue, cela peut entraîner une fausse couche présentation.

Conclusion

C’est une vaste étude bien menée, dont les résultats ont été reproduits dans d’autres études et ses conclusions sont susceptibles d’être fiables. Pour explorer si les femmes avaient pris des AINS pendant la grossesse, les chercheurs ont utilisé des informations précises sur les prescriptions plutôt que de demander aux femmes de se rappeler quelles drogues elles auraient pu utiliser. Le diagnostic médical formel de fausse couche a également été utilisé dans l’analyse plutôt que de se fier au rappel des patients. Les chercheurs ont également ajusté leurs résultats pour un grand nombre de facteurs de confusion qui pourraient affecter le risque de fausse couche.

Cependant, comme le notent les auteurs, l’étude comportait également certaines limites. Il est possible (bien que probablement improbable) que certaines femmes aient utilisé des AINS en vente libre plutôt que des médicaments d’ordonnance et ces femmes n’auraient pas été incluses dans les données. Il est également possible que les femmes n’aient pas pris les AINS qui leur avaient été prescrits.

Une autre limite est que, bien que les chercheurs cherchaient à ajuster leurs résultats pour un large éventail de conditions médicales qui auraient pu affecter la relation observée entre les AINS et les fausses couches, ils n’avaient pas d’informations sur les conditions spécifiques pour lesquelles les femmes utilisaient des AINS. Il est possible que ces plaintes médicales aient encore pu confondre l’association entre les médicaments et la fausse couche. Par exemple, des facteurs de confusion importants qui n’ont pas été évalués, et qui ont été associés à un risque accru de fausse couche, sont diverses infections virales et bactériennes, y compris les infections sexuellement transmissibles telles que la chlamydia. D’autres facteurs de confusion possibles qui n’ont pas été évalués comprennent des facteurs liés au mode de vie, comme le tabagisme, la consommation d’alcool et l’indice de masse corporelle.

C’était une étude complexe, qui comprenait de nombreuses comparaisons différentes. Comme le disent les chercheurs, il est possible que 5% des associations se soient produites par hasard.

Le British National Formulary stipule actuellement que les AINS doivent être évités pendant la grossesse, à moins que les avantages potentiels ne l’emportent sur les risques. Parmi les autres risques potentiels associés aux AINS, mentionnons le début tardif du travail et l’échec de la fermeture du canal artériel, qui fait partie de la circulation cardiaque du fœtus. L’aspirine devrait également être évitée en raison des mêmes risques, et en raison de ses effets sur la fonction de plaquette, qui augmentent le risque de saignement.

Le paracétamol est considéré comme sûr à prendre pendant la grossesse, lorsque le soulagement de la douleur est nécessaire. Il est conseillé aux femmes enceintes qui ont besoin d’un soulagement régulier de la douleur ou qui trouvent le paracétamol insuffisant de consulter leur médecin, car la cause de la douleur et la prise en charge la plus appropriée nécessitent une évaluation médicale appropriée.